Pourquoi nous ne notons pas les habitants
Le premier média de France classe les communes sur le revenu de leurs habitants, au coefficient le plus lourd de sa méthode. Nous ne le faisons pas. Cette page dit pourquoi, et publie la mesure qui nous a donné tort sur un point.
La règle
Notre note de qualité de vie juge un territoire, pas les gens qui y vivent. Sont donc exclus du calcul : le revenu médian, la part des cadres, l’indice de position sociale des élèves, le logement social, l’étiquette politique du maire. Un test automatique le vérifie à chaque construction du site.
Ce n’est pas de la pudeur. Un niveau de vie médian plus élevé ne rend pas une commune meilleure : il décrit qui a déjà les moyens d’y habiter. Classer là-dessus revient à noter l’entre-soi et à le présenter comme une qualité.
Ce que nous avons mesuré
Une objection sérieuse nous a été faite : le revenu ne serait qu’un autre nom du prix du logement, et nos indicateurs le porteraient déjà sans le dire. Nous l’avons mesurée plutôt que d’en débattre, sur nos propres données, en neutralisant la géographie — sans quoi on mesure surtout que tout est cher et élevé aux mêmes endroits.
| Revenu médian et prix au m² | 26 % de variation commune (22 532 communes) |
|---|---|
| Revenu médian et loyer au m² | 24 % (30 768 communes) |
Un quart. C’est assez pour confirmer la règle : faire entrer le revenu dans la note y ferait entrer le prix par la fenêtre, alors que nous l’en excluons volontairement. C’est aussi ce qui nous permet de montrer qu’un loyer plus cher n’achète pas une meilleure qualité de vie — une démonstration impossible si notre note contenait le prix.
Le trou que cette mesure a révélé
Nous notons les résultats au brevet. Un résultat scolaire dépend de l’établissement, mais aussi du milieu social des élèves — c’est d’ailleurs pour cette raison que nous excluons l’indice de position sociale. Alors nous avons mesuré la même chose sur le brevet.
| Brevet et revenu, sur toute la France | 6 % (29 445 communes) |
|---|---|
| Brevet et revenu, dans les communes urbaines | 34 % (3 415 communes) |
La première ligne nous arrangeait. Nous avons failli nous y arrêter : 6 %, le brevet ne dit pas le revenu, la règle est sauve. C’était une erreur de lecture. Les deux lignes ne portent pas sur les mêmes communes — l’indice social n’est publié que dans les plus grandes, celles où les écarts sont les plus marqués. À échantillon comparable, le chiffre est six fois plus élevé.
Dans la France rurale, où se trouvent l’immense majorité des 34 894 communes, le brevet ne dit pas le revenu. Dans les villes, il en dit un tiers.
Ce que ça nous coûte, et que nous ne masquons pas
Dans les grandes villes, nos autres critères ne départagent plus rien : elles ont toutes des commerces, un médecin et une vie culturelle à portée de marche. Leur classement repose donc en pratique sur deux choses — les cambriolages et les résultats scolaires. Et nous venons de mesurer que ces résultats scolaires y sont, pour un tiers, du revenu.
Autrement dit : notre classement des grandes villes est, en partie, un classement de revenu. C’est précisément ce que nous reprochons aux palmarès qui assument de noter la richesse de leurs habitants. La différence est que nous l’avons mesuré et que nous l’écrivons — pas que nous en sommes exempts.
Ce que nous en faisons
Nous ne retirons pas le brevet. Sur l’écrasante majorité du territoire, il mesure une école et non un milieu, et c’est une information que les familles cherchent légitimement. Nous cherchons en revanche ce qui manque pour départager deux métropoles autrement : l’isolement, le marché du travail local, la qualité d’une offre et non sa seule présence.
En attendant, ce chiffre reste écrit ici. Un défaut publié avant d’avoir son correctif vaut mieux qu’un défaut connu et passé sous silence.
Mesures calculées sur les données servies par ce site le 19 août 2026, après neutralisation de la taille de commune et du département. Sources : INSEE (niveau de vie, prix, loyers), Éducation nationale (brevet, indice de position sociale). Le script est dans le dépôt du projet. Notre méthode · Ce que nous avons changé le 19 août